Au cœur de la Fabrique – son histoire sous l’angle de la gestion (2)

Série : Au cœur de la Fabrique – son histoire sous l’angle de la gestion – 2 de 4

Par Cécile Branco – Collaboration avec Quartier artisan.

 

Ils étaient étudiants et travailleurs à rêver d’un lieu où la fabrication et la réparation rassembleraient les citoyens de Sherbrooke. Aujourd’hui, ils sont plus de 550 membres à contribuer à cette vision. La Fabrique fêtera cette année ses trois ans d’opération, et pour l’occasion on propose une série de 4 articles pour démystifier le succès de ce projet, qui a mis en place des façons de faire uniques et où la participation citoyenne est maîtresse.

Ils étaient plus de 146 donateurs en 2014 à contribuer à la première campagne de sociofinancement de la Fabrique. En 2015, c’est 9 000$ qu’ils ont réussi à ramasser. En tout, c’est près de 20 000$ qu’ils ont mis de côté pour l’aménagement de leur atelier. Mais ce que ces chiffres révèlent c’est l’enthousiasme et le support qu’ils ont été en mesure d’acquérir. Ce sont près de 250 membres qui ont été convertis suite à ces campagnes de financement,  ce qui a d’ailleurs convaincu la Corporation de développement économique communautaire (CDEC) de leur octroyer une subvention de 30 000$ en démarrage, puisqu’il « venait de leur prouver que les gens les appuyaient », explique Julien. Bref, la Fabrique a su dès le début mobiliser la sympathie et l’intérêt du public leur permettant de rentabiliser leurs opérations.

Pour Moore (2000), une entreprise collective doit générer une valeur aux membres de son écosystème. C’est ce qu’il appelle une valeur publique. La logique est simple si l’organisme atteint sa mission, elle génère un résultat qui rend sa présence légitime. Cette légitimité lui permet dès lors de développer des appuis qui deviennent des leviers pour acquérir des ressources. Dans le cas de la Fabrique, en répondant aux attentes de leurs membres, ils ont su créer cette valeur ajoutée et atteindre une stabilité financière rapidement. Rappelons-nous de la structure démocratique que la coop a mise en place (voir blogue 1) dès ces débuts pour assurer l’autogestion des ateliers. Cette structure a permis aux membres de décider quels seraient les types d’ateliers et  les équipements que la Fabrique offrirait. Ils ont ainsi réussi à satisfaire les attentes de leur membre, puisque c’est eux qui avaient le pouvoir de décision. C’est donc sans surprise que dès leur première année d’opération, leur revenu, découlant de la vente de leur service, a été de 142 000$. Et ce, alors que ça coûte 12 $ pour 4 heures d’accès aux locaux. Leur structure de gestion est donc infiniment liée à leur réussite financière. Mais selon Julien, il faut encore « solidifier les acquis », notamment en « augmentant le taux d’utilisation des ateliers par les membres » et en développant des projets.

En effet, pour atteindre leurs objectifs écologiques et éducatifs, afin de « faire de chaque citoyen un créateur », une panoplie de projets reste à faire. Par exemple, ils envisagent de développer des circuits courts entre les entreprises de la région et la coopérative afin de récupérer leur débris pour les transformer. Ce type de projet nécessite des ressources qu’ils n’ont pas aujourd’hui. Mais pour y arriver, la Fabrique souhaite développer de nouveaux services de formation auprès de partenaires clés, tels les camps de jour ou les centres d’employabilité. Déjà cette année, ils ont offert des formations techniques à des citoyens envisageant un retour sur le marché du travail. Idéalement, pour Julien il faudrait que ces services deviennent le tiers de leur revenu, un montant qui serait complété par leurs services actuels et d’autres subventions. Et si certaines des subventions ne leur sont pas octroyées, pour Julien ce sera simplement « partie remise ». Si les fonds ne sont pas trouvés aujourd’hui, « ça prendra plus de temps à développer les projets, mais c’est sûr que ça se fera ».

Il faut dire que la Fabrique bénéficie d’un positionnement unique à Sherbrooke. Non seulement c’est le seul atelier collectif, mais peu d’institution offre des formations pratiques non professionnelles aux citoyens désireux d’apprendre à fabriquer. C’est la seule école de métier populaire de la région. On dit souvent que, pour qu’une startup se développe, le timing est important. C’est définitivement le cas pour la Fabrique. Ce qui a été assurément un avantage, c’est d’avoir développé un tel projet au sein d’une petite ville universitaire, où plusieurs étudiants et leurs parents sont devenus des habitués des ateliers, conférant une stabilité au projet pour convaincre les non-initiés à devenir créateurs. Et qui ne voudrait pas le devenir? Ils ont donc beaucoup d’atouts avec lesquels charmer une nouvelle clientèle. Mais si l’équipe veut partager son message, elle devra établir de nouveaux canaux de communication avec la population et l’écosystème qui l’entoure. Jusqu’à présent, la Fabrique s’est fait connaître de façon très organique, ils ont les moyens aujourd’hui de développer une stratégie de communication réfléchie, qui sera d’ailleurs le sujet de l’article suivant.

Bibliographie :

Moore, Mark H (2000-03-01). « Managing for Value : Organizational Stratégy in for-profit, Nonprofit, and Governmental Organizations », Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, vol 29, no.1.

 

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Anne Painchaud-Ouellet